« Ma première réaction, ça a été de savoir où était Kylian ? » Alex Portal (21 ans) venait de s’imposer sur ce 400 m en 4’1 »37, et de décrocher ainsi une deuxième médaille d’or à Manchester (Angleterre), après son titre sur 100 m, et même une troisième récompense cette semaine après l’argent inaugural sur 100 m papillon. Mais ce qui lui importait, c’était le résultat de son petit frère.

À 16 ans, Kylian Portal n’a pas laissé passer l’occasion et s’est également invité sur ce podium (3e en 4’15 »94). « Au 200m, je me sentais bien, j’ai relancé »dit-il. « Il n’a pas cédé au stress, à la panique. Je suis fier de lui, réagit l’aîné en couvant son cadet du regard. C’est le meilleur des scénarios de pouvoir partager ça ensemble. » Et avec tout le clan présent dans les tribunes. Chez les Portal, la natation est une affaire de famille. Tout le monde la pratique. Même si Kylian a longtemps hésité. « Au début, ça ne m’a pas plu du toutgrimace-t-il derrière ses lunettes. L’eau était trop forte pour moi. » Comme son aîné, il s’essaie donc à l’équitation, mais aussi au trampoline ou à la capoeira.

« Nager avec mon frère, c’est une sensation bizarre et en même temps géniale »

Et même au tennis. « Mais quand tu es malvoyant, c’est pas top »précise-t-il. Les deux garçons de la fratrie souffrent en effet de la même maladie génétique, l’albinisme oculaire. Ils n’ont pas les mêmes symptômes et, surtout, encore en phase de croissance, l’acuité visuelle du plus jeune s’est dégradée et a imposé qu’il subisse une nouvelle classification cette année. Avec ce verdict : si son frère évolue en S13, lui a glissé en S12. Même si, sur deux de leurs courses, les deux catégories sont réunies.

Sur 400 m donc, et sur le 200 m 4 nages prévu au programme de dimanche et dont Alex Portal est le tenant du titre. « Nager avec mon frère, c’est une sensation bizarre et en même temps géniale. C’est rareestime Kylian. Aujourd’hui, c’est plus facile, mais Alex a essuyé les plâtres et balisé le chemin pour moi. Il a fait tous les crash tests ! Il a été en école publique et ça ne s’est pas bien passé, donc je suis allé en école privée… Mais, pour la natation, il a surtout été une motivation. Si un jour je suis à son niveau, je ne sais même pas si j’aurais envie de le battre… »

Cette phrase-là amuse son aîné, plutôt très protecteur. « L’année dernière, on était encore dans la même catégorie sur toutes les courses, tout le temps ensemble dans la chambre d’appel, raconte Kylian. Il me donnait des conseils, mais rien que sa présence, ça me rassurait. » En 2022, sur ce même 400 m, Alex Portal avait fini 2e, son frère 4e. Et l’idée de vivre ensemble les Jeux de Paris avait commencé à sérieusement germer dans leur esprit. Désormais, c’est de goûter un podium paralympique à deux dont ils peuvent se nourrir.

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