Olga Kharlan, sabreuse ukrainienne, a été disqualifiée des épreuves de sabre aux Mondiaux d’escrime de Milan pour ne pas avoir serré la main de son adversaire russe. Après cet épisode, elle s’est livrée à RMC Sport.

Olga Kharlan, racontez-nous ce qu’il s’est passé ce jeudi matin…

Je pense que vous avez tout vu. J’ai donné un signe de respect à mon adversaire. La seule chose que je ne voulais pas faire, c’était lui serrer la main et j’avais cette possibilité. Je lui ai proposé de nous saluer avec les sabres et elle ne l’a pas fait. Quelqu’un m’a dit de partir. Après ça, quand j’étais au contrôle des armes, la chambre d’appel m’a appelée pour me dire qu’il fallait qu’ils me parlent. Après, le directeur technique m’a dit que l’arbitre allait me donner un carton noir (signe de disqualification).

C’est une décision de l’arbitre ou d’une autre personne ?

Je ne pense pas que ça soit à cause de l’arbitre, il était très énervé, il pleurait. Je le connais bien. C’était cruel pour lui aussi, c’est cruel pour tout le monde. Ce système, cette fédération, ils tuent tout le monde, même les arbitres. C’est un Italien, je le connais. Je le respecte beaucoup en tant qu’arbitre. Sur la piste, il ne m’a pas donné de carton noir, il ne l’a pas fait. Donc tout allait bien, je me préparais pour le prochain match. La première décision de l’arbitre était de ne pas donner de carton. Notre fédération conteste la décision parce que la première décision de l’arbitre était de ne rien donner. Ils ont changé sa décision à cause de la contestation de ces gens.

Ça a été difficile d’accepter que les Russes puissent participer à ces Mondiaux ?

Depuis un mois, nous n’avons pas d’information sur notre capacité à concourir ou pas alors que ce championnat du monde a une grosse influence sur la qualification aux Jeux olympiques de Paris. Mercredi soir tard, nous avons eu une information qui nous disait que je pouvais, qu’on pouvait participer à la compétition (même contre les Russes) parce qu’il y a la qualification pour Paris. J’étais contente, mais j’ai commencé à stresser, à être nerveuse. J’ai dormi trois heures cette nuit. J’ai dû contrôler mes émotions, être calme, me dire que c’était juste une manche à gagner. Parce que je pensais que tout irait bien. Ça a été très dur, je me disais – tu ne peux pas faire ça, c’est un État terroriste. Après j’ai compris que je n’avais pas le choix. Nos militaires ils n’ont pas le choix, ils nous protègent, ils confrontent l’ennemi face à face. Et je me suis dit, c’est mon ennemi, c’est ma guerre. Ça a été très dur émotionnellement, j’ai gagné et je suis partie.

Cette décision pourrait arrêter votre carrière ? Ou avoir une influence ?

Probablement. J’aime ce sport. Mais ces gens font tout pour détruire ta vie, ton amour pour le sport et ta carrière. Je ne sais pas ce qu’il va se passer, je sais juste que je ne concourrai plus jamais dans ces championnats du monde. Je ne vais plus tirer maintenant. Mon équipe devra faire sans moi. Et nous verrons combien de temps prendra ce carton noir.

Propos recueillis par Maria Azé, à Milan (Italie)

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