Tenante du titre, l’équipe de France de volley débute la Ligue Mondiale contre la Pologne, mercredi à 11h à Nagoya (Japon). Le jeune parisien Kellian Paes (21 ans), un des deux passeurs des Bleus avec Raphaël Corre, va participer à sa première grande compétition internationale avec les seniors. Vice-champion d’Europe U22 l’été dernier avec Henno, Lawani, Loubeyre et Pothron, il sait cette génération attendue. Mais il ne se met pas trop la pression.

Kellian, dans quel état d’esprit êtes-vous avant de débuter cette Ligue Mondiale ?

Je suis en mode éponge. Pendant le stage de deux semaines, j’ai compressé la vision et les infos du volley de notre coach Andrea Giani et son staff. Cette vision est différente de ce que j’ai connu jusque-là. Je fais l’éponge pour sortir avec le plus de leçons possible de cette expérience. Cette VNL est une super opportunité d’évoluer au très haut niveau et de pouvoir vivre une telle expérience. Ce n’est pas un aboutissement pour moi car cette Ligue Mondiale est une étape.

Vous pensez jouer contre la Pologne mercredi ?

Je pense que Raphaël Corre démarrera, évidemment. Même si j’ai envie de jouer, je ne suis pas à la recherche à tout prix de temps de jeu. Je vais découvrir ce très haut niveau, je ne sais pas à quoi m’attendre en termes d’oppositions car je n’ai jamais joué à ce niveau-là en séniors. Mais je serai ouvert à toutes les opportunités qui me seront offertes. Je ne suis pas en train de me dire que je ne dois pas jouer et que ce ne sera pas normal si je ne joue pas. Pas du tout. Je serai opportuniste et ouvert. Si ça n’arrive pas au Japon, je ne doute pas que ça arrivera plus tard. Ce n’est pas un aboutissement, c’est une étape. Il n’y aura rien de décisif.

Ce groupe est nouveau mais vous, les plus jeunes, vous vous connaissez tous pour avoir joué ensemble dans les équipes de France de jeunes.

En tant que passeur, j’ai un poste de leader et de cadre dans mon club, le Paris Volley. Mais là, quand on arrive dans un groupe composé de Kévin Tillie, Raphaël Corre ou Benjamin Diez, on ne peut pas tout de suite s’imposer tel qu’on l’est en club ou tel comme on aimerait l’être chez les Bleus. Il faut du temps pour faire sa petite place au sein du groupe, mais c’est simplifié par la présence de Hilir Henno, Antoine Pothron, Thibault Loubeyre ou bien Luca Ramon et Ibrahim Lawani – qui ont dû nous quitter sur blessure – avec lesquels j’ai déjà joué. L’adaptation s’est faite rapidement.

« La France est dans le top 5 mondial et pour y performer, il faut être un sacré volleyeur »

Justement vous n’ignorez pas que ces jeunes Bleus comme vous, Henno, Ponthron, Loubeyre, etc. seront très scrutés.

Oui, nous sommes attendus mais la génération au-dessus de nous est en place et ne compte pas partir avant les JO de Paris 2024. Même si on a tous de bons profils, il ne faut pas être trop impatients. Je suis quand même en concurrence avec Benjamin Toniutti, Antoine Brizard ou Raphaël Corre. On n’est pas la Belgique ou l’Allemagne qui font un turn-over car une génération plus âgée est en train de s’arrêter. La France va aussi connaître cette passation de pouvoir mais on a le temps de se construire, de se développer et surtout de répondre aux attentes des supporters, de la fédération et du staff des Bleus. La France est dans le top 5 mondial et pour y performer, il faut être un sacré volleyeur.

Lors de la préparation à Montpellier, quelles étaient les journées type d’entraînement avec Andrea Giani ?

Dès 9h30, deux groupes alternent entre musculation et volley. L’après-midi, de 16h30 à 19h, est marquée par une grosse session de travail collectif avec beaucoup de rythme, du 6 contre 6 et des jeux avec ballon. Giani est très proche de tous ses joueurs. C’est très agréable. Je ne le connaissais pas du tout. Il donne beaucoup de conseils et il est très exigeant car on touche le très haut niveau international. Il arrive à mettre les formes quand il recadre un joueur et il sait être proche quand il le faut.

Quel volley souhaite-t-il mettre en place ?

Il m’a éclairé sur les aspects tactiques et la construction du jeu du passeur. Il a aussi une approche différente au service. Il ne va pas vous blâmer si vous faites une faute au service. En revanche, il est plus intéressé par l’intention, l’impact ou la zone à cibler. Il est aussi très rigoureux au block. Le volley italien est plus rapide, les fenêtres d’attaques sont différentes, bien plus intérieures qu’en championnat de France. Le staff est aussi beaucoup axé sur les statistiques.

Le diable se cache dans les détails, au très haut niveau. Sur quoi travaillez-vous ?

C’est là où la vision de Giani peut être surprenante quand on n’a pas l’habitude d’être repris sur de tout petits détails. La manière peut parfois être déstabilisante. Quand un passeur doit attendre son central sur une contre-attaque ou un libéro qui met du volume pour laisser les attaquants se replacer, ce sont plein de petites choses qui donnent un rythme au jeu, à l’attaquant et à la passe. Ces détails sont à la limite de l’invisible pour ceux qui nous regardent à la télé mais qui ont un sens énorme au très haut niveau.

Quel adversaire sera la Pologne mercredi ?

Le staff nous a évoqué la variation de nos services pour mettre en difficulté la réception polonaise. Mais lors de cette étape japonaise, le plus important sera de se concentrer sur nous-mêmes, nos choix et nos qualités. Pour le moment.

Qu’avez-vous pris dans votre valise au Japon ?

Je fais chambre commune avec Thibault Loubeyre. En tant que cinéphile, j’ai beaucoup de films sur mon ordi et un casque pour écouter de la musique. À Montpellier, je lisais Marche ou crève de Stephen King. Dernièrement, j’ai regardé des films comme La Faille (Grégory Hoblit) et Ennemi de Denis Villeneuve, le réalisateur de Dune.

Source de l’article