À Fos-sur-Mer, les Championnats de France de badminton faisaient escale ce week-end chez les Popov, la famille qui domine la discipline chez les hommes. Au bord des courts, on trouvait même des pancartes « Team Popov » érigées au rang de panneaux publicitaires. Mais il y avait bien davantage à voir que des retrouvailles entre frères en cette année 2024 où la lutte nationale fait aussi rage pour la qualification olympique.

Dans la Halle Giuitta, il n’y avait pas de point à décrocher en vue des JO, juste du prestige et de la confiance, et c’était bien assez pour donner une compétition acharnée. Résumé des cinq tableaux.

Double mixte : Jacob et Lalot-Trescarte, première

Les ogres n’étaient pas là, puisque Delphine Delrue et Thom Gicquel avaient choisi de faire l’impasse en cette année olympique. En l’absence des quintuples champions de France (et 13es mondiaux), le tableau de double mixte promettait plus de suspense que d’habitude, et l’incertitude a été au rendez-vous d’une finale pleine de fraîcheur. En ouverture de la journée, elle a sacré Elsa Jacob et Tom Lalot-Trescarte, ovationnés pour leur victoire à domicile et plus globalement pour leur parcours magistral.

En finale, les Fosséens ont dominé en trois sets Sharone Bauer et Eloi Adam, les têtes de série n°2, après avoir écarté ceux qui se présentaient comme les favoris du tournoi, Lucas Renoir et Téa Marguerite. La dernière marche a été la plus difficile à gravir, et ils se sont retrouvés en mauvaise posture dans la troisième manche (9-12). « Au début, on avait un peu la pressionracontait Elsa Jacob, 17 ans comme son partenaire. En plus, ils jouaient bien en face. Mais on n’a rien lâché, on a continué à serrer le jeu. » La jeune Fosséenne n’était pas au bout de ses émotions ni de ses efforts puisqu’il lui restait encore la finale du double dames à disputer.

Simple hommes : Christo Popov voit triple

Attendue par toute la Halle Giuitta, la finale du simple hommes s’est disputée dans une ambiance feutrée car personne ne pouvait vraiment choisir son camp entre Toma Junior Popov (25 ans) et Christo Popov (21 ans). Les frères fosséens ont perpétué la tradition de leurs affrontements au sommet et « Tomi » avait l’opportunité de remettre les compteurs à égalité en remportant un deuxième titre national.

Mais la balance a penché vers Christo, devenu champion de France pour la troisième fois après ses sacres en 2020 et 2022. Toma Junior avait pourtant pris un bon départ, montrant patience et habileté pour calmer le jeu puis contrer. Les variations de Christo ont fini par faire la différence, malgré quelques fautes directes qui ont gâché sa copie.

« Avec mon frère, ça se finit toujours en trois sets, on n’y peut rien, souriait Christo Popov, qui intègre le cercle des joueurs à au moins trois titres en simple, comme Brice Leverdez, Nabil Lasmari ou Bertrand Gallet. Bien sûr, je suis content, mais le plus important est que le titre revienne à la famille. » Il comptait bien en ajouter un autre en double hommes un peu plus tard, évidemment aux côtés de son frère.

Christo Popov, 21 ans et déjà trois fois champion de France en simple. (BadmintonPhoto)

Christo Popov, 21 ans et déjà trois fois champion de France en simple. (BadmintonPhoto)

Dames simples : Huet renoue le fil

En l’absence de Xuefei Qi, triple championne de France qui a choisi de se concentrer sur la qualification olympique, le tableau du simple dames n’a pas ajouté de nom inédit à son palmarès. Léonice Huet s’est imposée pour renouer avec le succès six ans après son triomphe à Voiron, où elle s’était en plus imposée en double. Bousculée en demi-finale par Malya Hoareau, la joueuse de Chambly, tête de série n°1, a tenu son rang en finale en éliminant Rosy Pancasari, battue pour la deuxième fois de suite à ce niveau.

Léonice Huet (23 ans) a bataillé dans le premier set, face à son adversaire mais aussi face à son corps : à 6-5, elle a dû interrompre la rencontre durant plusieurs minutes à cause d’un saignement de nez. « C’était un peu inattenduretraçait la Camblysienne. Mais ça m’a permis de me reconcentrer aussi parce qu’il y avait du stress. » Elle a ensuite déroulé son plan, dominatrice dans l’échange comme dans l’attitude. « Il y a une sorte de délivrance, six ans après le premier titresavourait la nouvelle championne de France. Ça montre mon acharnement car je suis passée par beaucoup de bas, des blessures. » Un état d’esprit qui pourrait bien la mener aux JO.

Double dames : Tran et Lambert en habituées

Dans cette édition 2024 marquée par la valse des titres, Anne Tran (27 ans) et Margot Lambert (24 ans) ont représenté le seul îlot de stabilité. Impeccables depuis leur entrée en lice, les spécialistes du double dames se sont imposées en deux sets en finale face aux jeunes Camille Pognante et Elsa Jacob, cette dernière étant de retour sur le court après son succès en mixte.

Les 20es mondiales avaient pour elles l’expérience et elles en ont profité pour récolter leur troisième médaille d’or ensemble (la 5e au total pour Tran, la 4e pour Lambert). « On a eu connu des hauts et des bas dans cette finale mais ce titre nous tenait à coeur, appréciait Anne Tran. Il y avait la question de savoir si on venait ou pas. C’est une année de qualification olympique, hyper éprouvante, et on a décidé d’aller chercher ce titre. Maintenant, on peut se tourner vers les autres objectifs de la saison. »

Anne Tran et Margot Lambert se sont imposées en double dames. (BadmintonPhoto)

Anne Tran et Margot Lambert se sont imposées en double dames. (BadmintonPhoto)

Double hommes : carton plein pour les Popov

Cette fois, ils portaient le même maillot. Opposés en finale du simple, où le benjamin l’avait emporté, Toma Junior et Christo Popov se retrouvaient du même côté du filet pour la finale du double hommes. Et comme en 2022, les frères se sont imposés, permettant à Christo de rafler les deux titres auxquels il pouvait prétendre.

En face, Ronan Labar et Lucas Corvée auront représenté une opposition de taille. Les deux paires sont au coude-à-coude pour la qualification olympique, et elles se sont livré une bataille sans merci, sur le fil dès le premier set, remporté dans la prolongation par les Popov. Un peu d’intox, beaucoup d’attaque, quelques cris pour marquer son territoire : la manche finale a apporté sa dose de dramaturgie. « C’était tendu jusqu’au bout, ça s’est joué sur les nerfs, il fallait rester solide »résumait Toma Junior Popov, qui peut toujours compter sur le double pour décrocher une médaille d’or.

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