Les Tricolores qui brillent à l’étranger (2/5). Après Théo Faure et avant Lucille Gicquel, RMC Sport est partie à la rencontre la capitaine de l’équipe de France, Héléna Cazaute. Aujourd’hui au Vero Milan (actuel 3e du championnat), l’un des plus grands clubs européens, l’Audoise évoque sa progression régulière depuis Béziers et ses choix de carrière.

Héléna, mi-novembre vous êtes revenue en France pour jouer un match de Ligue des champions contre Mulhouse, votre dernier club dans l’Hexagone. Des retrouvailles bienvenues ?

Il y a eu beaucoup d’émotions avant de revenir à Mulhouse, qui était mon étape avant l’Italie. J’étais très émue et super contente de retrouver tous les gens, les amis que j’ai connu, les visages familiers du coach, du président, de Magali Magail, la manager général du VMA, et des supporters. De belles retrouvailles.

Le Vero Milan a facilement battu Mulhouse (3-0). On touche du doigt ce qui sépare encore l’un des deux meilleurs clubs de volley français d’un cador européen ?

Cela a été un peu compliqué pour Mulhouse car on les a pris à la gorge au service dès le début de la rencontre. Elles n’ont pas su gérer nos impacts. Lorsque on a commencé à moins bien servir et faire moins d’erreur, elles ont su répondre présente. Le niveau de service en Italie est beaucoup plus élevé qu’en France avec le bloc-défense. C’est parti de là.

Après Béziers, Cannes et Mulhouse, vous avez tout de suite senti la différence en arrivant en Italie, à Chieri en 2021 ?

Oui au niveau du bloc, les filles sont plus physiques et on travaille aussi beaucoup la défense. Les rallyes qu’on a connus quatre à cinq fois par match en France, sont assez communs en Italie. On se bat à chaque point. Les échanges sont plus longs.

Après Béziers, Cannes et Mulhouse, qu’est ce qui vous a fait quitter la Ligue A Féminine ?

Mon envie. J’ai toujours voulu partir en Italie qui est, pour moi, le plus grand championnat du monde. Je ne l’ai jamais caché. Ce n’était pas simple. Après un doublé coupe-championnat avec Mulhouse, c’était le moment idéal pour grandir et passer une étape. Voir autre chose et progresser. J’avais besoin à me confronter à un niveau supérieur.

Chaque club est une progression dans votre carrière. C’est réfléchi ?

Les choses ont été faites dans le bon ordre. Si j’étais partie en Italie plus tôt, cela aurait pu être une erreur. Il me fallait prendre de la maturité et de l’expérience. Le plus important dans une vie d’athlète de haut niveau est de ne pas brûler les étapes. Il ne faut pas partir pour partir. Et je pense avoir réussi cette progression. Après Mulhouse, j’avais ce besoin de progresser mais je ne devais pas partir en Italie dans un club où je n’aurais pas ou peu d’opportunités de jouer, et donc de progresser. Mon choix s’est porté sur Chieri et son entraîneur, Giulio Bregoli. Je l’ai rencontré avant de partir et je savais que ce serait un bon coach pour moi. Je savais que je pourrais jouer car Chieri était dans les six premiers. Si j’étais allée dans un club qui joue le titre, je n’aurais pas vu le terrain de l’année. C’était important d’avoir ce temps de jeu pour prouver, pour progresser.

C’est simple de se faire une place en Italie ?

Non, je l’ai d’ailleurs faite petit à petit car il y avait déjà deux top joueuses à mon poste. Ce n’était pas simple car à l’entraînement je poussais fort et je voyais que je ne jouais pas tout le match. Je faisais de bonnes entrées en jeu et je devais me montrer patiente. Au début c’était compliqué pour avoir la confiance totale du coach qui ne me faisais jouer que des bouts de matchs. Après un à deux mois, il m’a fait confiance et j’étais titulaire. Ce sont des étapes à franchir qui donnent confiance pour le développement des joueuses.

Est-ce qu’il y a eu un déclic avec Chieri ?

J’étais sur le banc et je faisais de bonnes choses lors de mes entrées. Au bout d’un moment le coach a compris ce que j’apportais avec mon jeu arrière, pas uniquement offensif. C’est peut-être ce petit plus qui a permis à l’équipe d’être plus équilibrée. Mais c’est vrai ça a été dur au début. Je n’étais pas récompensée de mes bonnes entrées mais la patience est aussi une qualité pour une volleyeuse de haut niveau. Je ne voulais pas abandonner car à un moment je savais que mon heure allait venir.

Vous avez gagné la Challenge Cup avec Chieri. Pourquoi être partie à Milan ?

J’avais envie de passer encore un cap et de me confronter à plus grand, de rejouer la Ligue des champions. C’était le moment. Milan est un club qui veut gagner des titres tant en Italie qu’en Ligue des champions. C’était un gros objectif pour continuer sur ma lancée.

Qu’avez-vous appris en Italie ?

J’ai progressé techniquement. La réception est travaillée très différemment de ce que je connaissais en France. Les techniques d’attaque sont aussi très travaillées avec les entraîneurs. Les entraînements sont très complets avec du travail sur le bloc, la défense, le service, la réception grâce aux compétences des 4-5 entraîneurs spécifiques qui entourent le coach principal. Ils nous font énormément de retours, nous donnent des conseils et c’est ce qui fait progresser.

Vous jouez aux côtés de Paola Egonu, une volleyeuse qui dépasse le cadre de son sport par ses prises de positions.

C’est le phénomène du moment. Elle est très impressionnante sur un terrain à l’image de la dernière attaque contre Mulhouse en Ligue des champions : elle réalise une petite diagonale sur 50 centimètres. Je n’avais jamais vu ça. C’est une athlète impressionnante aux capacités physiques hors normes. Je ne suis pas dans le défi physique, je travaille plutôt avec le bloc adverse.

Comment gérez-vous la concurrence et la pression dans un club très très ambitieux ?

La concurrence est saine avec les quatre autres attaques. Tout est concurrence à Milan avec aussi quatre centrales. On sait qu’on va toutes jouer car la saison est longue, les matches vont se multiplier. On n’a aucune pression sur ce sujet car chacune connait ses points forts et le coach piochera selon les besoins du moment. Quant à la pression, elle est naturelle dans un club avec de telles ambitions. Ils ont construit une équipe autour de Paola Egonu, qui est revenue de Turquie avec le titre de Ligue des champions. Le club a mis les moyens pour aller chercher des titres. Au Milan, la pression est quotidienne mais le club essaie de la mettre la moins possible. L’envie de gagner, le soutien, sont là aussi.

Cette expérience sert à l’équipe de France ?

Ces expériences à l’étranger sont bénéfiques aux Bleues. Je pense à Lucille Gicquel qui est partie en Turquie, ou à Amandha Sylves, à Florence puis Cuneo, qui a pris une grosse stature et nous a aidé au contre cet été. J’encourage les filles qui ont des opportunités pour jouer à l’étranger de faire ce choix-là. Ce n’est pas simple, j’en conviens, mais le conseil est de partir dans un club où l’on peut jouer et montrer ses qualités. Partir pour partir et cirer le banc ne sert à rien.

Les JO de Paris 2024, vous y penser ou pas encore ?

Si si, on y pense car cela fait des années qu’on se prépare pour cette échéance olympique. On s’est aussi qualifiée pour la première fois de l’histoire pour la VNL. Franchement ce sera un « été cadeau » car on a travaillé dur pour en arriver là. C’est une belle récompense pour nous. On a hâte de vivre la VNL d’abord car on va se confronter à des équipes qu’on n’a pas l’habitude de défier comme le Brésil ou les Etats-Unis. Ce sera une bonne préparation pour les JO.

Si vous croisez une petite fille sur vos plages de Gruissan, vous lui diriez que les sacrifices réalisés dans une carrière valent le coup ?

Oui clairement. Oui, une sportive de haut niveau, dans le volley ou ailleurs, fait beaucoup de sacrifices notamment familiaux. Mais les émotions procurées par les victoires ou les titres sont inégalables. J’encourage les jeunes filles à ne rien lâcher et donner tout ce qu’elles ont. On profitera plus tard quand on aura arrêté de jouer. Il faut vivre ces émotions et ne pas abandonner.

Propos recueillis par Morgan Besa

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