Hier, quatre jours après la finale des + 100 kg, samedi dernier, entre Teddy Riner et Inal Tasoev, la Fédération internationale (IJF) a publié un communiqué dans lequel sa « commission d’arbitrage s’excuse » pour une erreur d’arbitrage dont aurait profité le Français au détriment du Russe.

Lequel combattait sous bannière neutre, à l’instar des judokas biélorusses, réintégrés peu avant les Mondiaux à Doha. « En prenant en considération les règles d’arbitrage en vigueur et l’opinion des experts du judo, nous estimons qu’ un point pour la contre-attaque de Tasoev aurait pu être accordé »justifie l’IJF dans le communiqué. Le conditionnel est d’importance puisque, au final, l’instance n’a pas modifié le résultat qui a vu Teddy Riner s’imposer surwaza-ari, après3’41 »de golden score.

L’action en question intervient après 3’05 »dans le golden score de la finale, Tasoev a déjà écopé de deux pénalités (shidos), ce qui signifie qu’en cas de troisième il perdra le combat sur disqualification (hansoku-make). Riner n’en a aucune. Alors que ce serait au Russe de prendre l’initiative pour éviter d’être sanctionné d’une fatale pénalité pour non-combativité, c’est Riner qui lance une attaque de hanche (harai-goshi) que Tasoev parvient à contrer, entraînant son rival dans une roulade lors de laquelle le Français tombe sur le dos.

Pensant avoir marqué un avantage, qui dans le golden score offre la victoire, Tasoev crie de joie. Mais, sans aucune hésitation, Raul Camacho, l’arbitre espagnol, indique immédiatement à Tasoev de se remettre en position pour reprendre le combat. Sans accorder de valeur à son action. Sans faire appelnonplus à la vidéo, comme il en a la possibilité.

Il n’y a aucune erreur d’arbitrage, ni des superviseurs. Ils n’ont fait qu’appliquer le règlement en vigueur depuis septembre 2022

Jacques Rusca, arbitre international

En bord de tatami, les superviseurs à la table d’arbitrage peuvent, eux aussi, demander via l’oreillette à l’arbitre d’attendre pour valider ou invalider une action. Ce qu’ils n’ont pas fait.

Sitôt l’action achevée, Éric Despezelle (entraîneur de l’équipe de France masculine des – 23ans), consultant pour la chaîne L’Équipe, dit lors du direct : « Attention, avec le nouveau règlement, Tasoev n’a pas le droit de plonger comme ça, il perd ses appuis. Ce n’est pas sûr que l’arbitre mette waza-ari. »

Bien vu. Le règlement a en effet changé. « Il n’y a aucune erreur d’arbitrage, ni des superviseurs. Ils n’ont fait qu’appliquer le règlement en vigueur depuis septembre 2022 », a confirmé Jean Jacques Rusca, arbitre international. Dans une mise à jour du règlement en date du 25mars,

l’IJF confirme que cette action ne peut être validée. Quand Riner lance son mouvement de hanche, Tasoev part à l’opposé de l’attaque et l’emmène dans son dos. Il fait donc tomber Riner sur le dos mais avec la nouvelle règle, il aurait dû mettre une jambe en barrage ou en crochetage accompagné d’une action de bras pour contrôler le mouvement. Ce que Tasoev ne fait pas. Raison pour laquelle l’arbitre, comme les superviseurs, ne valide pas l’action.

Teddy Riner (en kimono blanc) face à Inal Tasoev en finale des Championnats du monde (Naoki Nishimura/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Teddy Riner (en kimono blanc) face à Inal Tasoev en finale des Championnats du monde (Naoki Nishimura/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Marcus Vizer, le président de la Fédération internationale est un proche de Vladimir Poutine

Le Russe n’a pas protesté après le salut qui ponctue chaque combat. Hier, sur son compte Instagram, il a simplement posté ce commentaire : « Il n’est jamais trop tard pour se fixer un nouveau but. »

La vraie question est donc de savoir pour quelle raison la Fédération internationale a publié un tel communiqué qui jette un voile sur la victoire du Français, sans en modifier le résultat ? Le règlement autorise une fédération nationale à poser réclamation pour un de ses athlètes, mais Tasoev était sous bannière neutre et c’est donc à sa seule initiative que la Fédération internationale s’est décidée à mettre en doute le résultat de la finale.

La nationalité de Tasoev est peut-être une partie de la réponse. Marcus Vizer, le président de la Fédération internationale (Roumain avec un passeport autrichien), est un proche de Vladimir Poutine, ceinture noire, qui, jusqu’au 27février 2022 (soit trois jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie), était président honoraire et ambassadeur de la Fédération internationale de judo. Laquelle n’a pas donné suite à notre demande d’explication.

Teddy Riner et la Fédération française n’ont pas souhaité faire de commentaire non plus.

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