« Comment abordez-vous ce Masters à Budapest ?
Conquérante. Je n’ai jamais perdu sur un Masters (1re en 2021 et 2022). J’espère que ça n’arrivera pas là. J’ai envie, j’ai très envie. J’ai envie de montrer que je suis tombée aux Mondiaux (battue dès son premier combat) mais que ça n’arrivera pas tous les jours. Et surtout que ça n’arrivera plus. Il faut gagner, il n’y a pas le choix. On sait que le Masters va beaucoup compter dans la course olympique (pour la sélection franco-française). On ne va pas se mentir, avec Julia (Tolofua, vice-championne du monde en +78 kg en 2023), on est au coude à coude. Une seule ira aux Jeux.

Avec vous digéré la claque reçue aux Mondiaux à Doha en mai, où tenante du titre des +78 kg, vous avez été battue dès votre premier combat ?
Oui, j’ai digéré. Vraiment. Ça a mis un peu de temps. Pendant deux ou trois semaines c’était très, très dur mentalement. C’était vraiment une claque qui a fait très mal. Une remise en question. Pendant longtemps je n’ai même pas pu revoir le match, rien que d’y penser ça me donnait des sueurs froides. J’ai fait le travail mental dessus et maintenant c’est passé. Il faut rebondir. De toute façon, il n’y a pas le choix.

Quand vous avez revu le combat, que vous êtes-vous dit ?
Que j’avais un souvenir pire que ça : j’étais à la ramasse, je n’avais pas d’occasions et je ramais. Or, j’ai eu plein d’occasions mais je n’ai pas su les optimiser. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais je n’étais pas dans mon match. Mais ça m’a rassurée sur le fait que ce n’est pas si mauvais que ça. Voilà, je ne suis pas si nulle que ça, je n’ai pas perdu mon niveau en deux jours.

La dimension physique avait été pointée du doigt. Depuis, vous êtes revenue vous entraîner avec le staff national et plus avec Teddy Tamgho, triple sauteur et par ailleurs votre cousin. Ça a été dur de refaire le chemin inverse ?
Non. Ce que je trouve un peu dur, c’est le fait de tout mettre sur le dos de Teddy (Tamgho) sans qu’on m’en parle alors que j’étais bien physiquement en fait. Le ressenti de l’extérieur n’était peut-être pas le même. Je me sentais très bien physiquement. Mes coaches ont estimé que ce n’était pas le cas. Je les crois. On travaille en équipe. Avec Teddy (Tamgho) on s’est dit que l’objectif c’est que je sois championne olympique. Donc il n’y a pas de souci. Je travaillerai avec lui de mon côté, de manière différente. Donc ça n’a pas été dur car je n’ai jamais rien reproché à la Fédération. Le système est très bien, après les Mondiaux (2022) j’avais besoin de casser la routine. Ça n’a pas fonctionné, ce n’est pas grave. Il fallait bien que ça arrive à un moment. Ça n’a pas été traumatisant parce que c’est un système qui m’allait bien aussi avant. Donc c’est juste en fait revenir aux bases, on va dire.

Maintenant, j’ai le recul de me dire : « Romane ne te pose pas 50 000 questions, ne remets pas tout en question. ça peut arriver […] Il n’y a plus le temps de se poser de questions. »

Niveau judo, cet échec à Doha vous a-t-il fait perdre confiance ?
Honnêtement ça va. Forcément, ça trotte un peu dans la tête. Mais c’est plus la défaite que par rapport à ma condition physique. Après chaque défaite, on se dit qu’est ce qui s’est passé en fait ? Pourquoi il y a quelques mois, j’ai gagné et aujourd’hui, je ne gagne pas ? Je n’avais jamais perdu comme ça. Le haut niveau, malheureusement, est fait de plein d’aléas qu’on ne peut pas toujours gérer. Entre le physique, la tête. Maintenant, j’ai le recul de me dire : « Romane ne te pose pas 50 000 questions, ne remets pas tout en question. Ça peut arriver. » Ce n’est pas que ce n’est pas grave, mais il faut passer, il n’y a pas le choix. Des objectifs arrivent : ce Masters, les Championnats d’Europe (3-5 novembre à Montpellier). Il n’y a plus le temps de se poser de questions. Il faut juste y aller et tout péter.

Aux Mondiaux de Doha, Julia Tolofua a gagné une deuxième médaille mondiale d’affilée (argent, après le bronze en 2022). Comment le vivez-vous ?
Avec Julia on se colle aux fesses depuis le retour des JO de Tokyo (Dicko 3e en +78 kg). On se tire la bourre, c’est comme ça, c’est la concurrence franco-française. C’est le cas dans beaucoup de catégories. C’est compliqué dans le sens où on a la concurrence internationale et aussi française. Mais c’est le jeu, c’est le judo. C’est le fight. Chaque compétition est importante. Je le savais déjà mais là je n’ai plus le choix : effacer vite les Mondiaux, repartir au charbon parce que Paris 2024 arrive vite.

Vous n’avez jamais perdu contre Julia Tolofua dans les compétitions majeures, avez-vous un ascendant psychologique sur elle ?
Honnêtement, je ne pense pas vu les bastons qu’on se met. Teddy (Riner) a un ascendant psychologique sur les mecs qu’il prend. Julia et moi ce n’est pas ça : on se rentre dedans, à la fin de nos matches, on cède à cause de nos avant-bras. On est au bout de nos vies.

Comment le vivriez-vous si vous n’étiez pas sélectionnée pour les JO en 2024 ?
Je ne pense pas qu’on puisse répondre à la question aujourd’hui. Paris c’est demain, mais c’est quand même encore loin. Je suis vraiment focus sur les Masters. Et après, objectif quatrième titre européen. La route est encore très, très longue, même si Paris 2024 arrive très vite. »

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