C’est le choc d’une génération sur les rings. Invaincus, les Américains Errol Spence Jr et Terence Crawford se retrouvent ce week-end à Las Vegas pour se disputer la couronne incontestée à quatre ceintures des welters dans un combat attendu depuis longtemps (en direct à partir de 2h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 1). Un choc vu par beaucoup comme le plus gros dans cette catégorie depuis quatre décennies. Pour vérifier, retour vers le passé.

La comparaison émane de la bouche du champion à trois titres. Quelques jours après l’officialisation de son choc de feu contre Terence Crawford pour les quatre ceintures des welters, Errol Spence Jr a tenté de mettre une perspective historique sur ce rendez-vous tant attendu. Avec des mots forts. « J’ai l’impression que c’est le plus grand combat de welters depuis probablement quarante ans », a lancé le champion WBC-IBF-WBA au micro de la chaîne américaine ESPN.

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Dans une catégorie dont l’histoire regorge de grands noms de la mythologie de la boxe, de Sugar Ray Robinson à Sugar Ray Leonard en passant par Thomas Hearns, Pernell Whitaker, Oscar De La Hoya, Kid Gavilan, Joe Walcott, Henry Armstrong, Jimmy McLarnin, Jack Britton, Carmen Basilio, Mickey Walker, Charley Burley, Barney Ross, Emile Griffith, Jose Napoles, Wilfred Benitez, Floyd Mayweather ou Manny Pacquiao, la déclaration est forte. Et donne envie de le prendre au mot. Pour vérifier, focus sur les grands combats de welters depuis 1980. Un retour vers le passé qui commence il y a quarante-trois ans.

Sugar Ray Leonard-Roberto Duran (1980)

Le coup d’envoi des grands combats des années 80, une décennie marquée par les « Four Kings » (Leonard, Duran, Thomas Hearns et Marvin Hagler) qui vont tous s’affronter l’un l’autre au moins une fois. Le premier de ces combats, « The Brawl in Montreal », réunit le champion olympique Sugar Ray Leonard et l’ancien roi des légers Roberto Duran le 20 juin 1980 à Montréal, là où le premier a pris l’or aux JO quatre ans plus tôt. Pour beaucoup de spécialistes, ce choc est le plus attendu dans le monde de la boxe depuis le troisième épisode Muhammad Ali-Joe Frazier en octobre 1975.

Invaincu depuis ses débuts pros (27-0), l’Américain remet sa ceinture WBC – remportée sept mois avant contre le légendaire Wilfried Benitez – face au Panaméen qui n’a connu qu’une seule fois la défaite en carrière (71-1). Mais les qualités de Leonard ne résisteront pas à son mauvais choix tactique de partir à la bagarre contre un « Manos de Piedra » qui n’attendait que ça. Après quinze rounds d’une intensité rare, Duran s’impose sur décision unanime. Leonard prendra sa revanche cinq mois plus tard en reprenant sa couronne après un TKO infligé à un champion pas assez sérieux après sa victoire et célèbre pour le prétendu « No Mas » lancé par le Panaméen.

Sugar Ray Leonard-Tommy Hearns (1981)

Après ses deux combats contre Roberto Duran en 1980, l’Américain Sugar Ray Leonard retrouve un autre membre des « Four Kings », son compatriote Tommy Hearns, le 16 septembre 1981 sur le parking du Caesars Palace de Las Vegas. L’enjeu ressemble à celui de Spence-Crawford: le titre incontesté de la catégorie – WBC-WBA à l’époque – entre deux boxeurs classés parmi les meilleurs de la planète toutes catégories confondues et qui sont les deux grandes étoiles d’une division qu’ils ont nettoyée. Différence? Leonard et Hearns sont dans leur vingtaine quand Spence et Crawford vont s’affronter dans leur trentaine.

Surnommé « The Showdown », ce choc entre le bagarreur-puncheur (Hearns) et le boxeur-styliste (Leonard) va tenir toutes ses promesses. En tête sur les cartes des juges, l’invaincu Hearns (32-0, 30 KO) semble parti pour infliger une deuxième défaite en carrière à Leonard (30-1, 21 KO), ce dernier renverse la vapeur aux sixième puis treizième rounds avant d’obliger l’arbitre à mettre fin au choc lors de la quatorzième reprise alors qu’il est en train de rouer « The Hitman » de coups contre les cordes. Quarante-deux ans plus tard, ce choc élu « combat de l’année » 1981 par le magazine de référence L’anneau reste en haut du panier des grands combats de welters dans l’histoire.

Pernell Whitaker – Jules César Chávez (1993)

Champions du monde dans trois catégories, Pernell Whitaker (32-1, 29 ans) et Julio Cesar Chavez (87-0, 31 ans) sont considérés par beaucoup comme les deux meilleurs boxeurs de la planète toutes catégories confondues avant de se retrouver sur le ring de l’Alamodome de San Antonio le 10 septembre 1993 devant environ 60.000 spectateurs. Champion WBC des welters, l’Américain remet sa couronne en jeu contre le Mexicain invaincu dans un choc surnommé « The Fight ». Cette catégorie n’est pas naturelle pour les deux mais encore moins pour « El Cesar del Boxeo » Chavez, qui a pris sa première ceinture mondiale chez les super-plumes quand « Sweet Pea » Whitaker a porté sa première couronne chez les légers.

Alors qu’il n’avait jamais combattu pour un titre chez les welters jusque-là, le Mexicain monte même entre les cordes trois livres en-dessous de la limite contractée pour ce combat, elle-même deux livres en-dessous de la limite normale de cette catégorie. Et son rival va lui donner la leçon. Maître de la défense, Whitaker « outboxe » son adversaire en tournant autour de lui et fait parler sa gauche, ses uppercuts et ses coups au corps. Mais les juges finiront par donner un nul, tellement controversé qu’il sera hué par un public texan pourtant pro-Chavez.

Oscar De La Hoya – Félix Trinidad (1999)

Respectivement champions WBC et IBF des welters, Oscar De La Hoya et Felix Trinidad présentent des bilans immaculés (31-0 et 35-0) à l’heure de leur combat d’unification le 18 septembre 1999 au Mandalay Bay de Las Vegas. Arrivé deux ans plus tôt dans cette catégorie, où il prend tout de suite la couronne WBC à Pernell Whitaker avant de battre un certain Julio Cesar Chavez sur la route, le « Golden Boy » De La Hoya fait face à un « Tito » Trinidad champion chez les welters depuis plus de six ans.

Entre le Californien d’origine mexicaine ultra populaire et le Portoricain, le « Fight of the Millennium » (surnom du combat) joue sur la fibre nationale de la rivalité pugilistique Mexique-Porto Rico et offre une opposition de styles à la Leonard-Hearns avec le puncheur Trinidad pour remplacer Hearns et le styliste du ring De La Hoya pour prendre la place de Leonard. Mais le combat sera beaucoup moins satisfaisant que « The Showdown ». De La Hoya boxe prudemment, sans doute trop, et Trinidad se réveille dans la seconde moitié de combat pour aller arracher une victoire sur décision majoritaire qui fera parler car beaucoup donnaient le champion WBC gagnant.

Oscar De La Hoya-Shane Mosley (2000)

Surnommé « Destiny », le choc des deux Californiens disputé le 17 juin 2000 au Staples Center de Los Angeles raconte l’histoire d’un défi. Champion des légers pendant plus de deux ans, l’invaincu « Sugar » Shane Mosley (34-0) monte de deux catégories – il n’avait qu’un seul combat dans les jambes chez les welters avant ce choc, et un en super-welters – pour s’attaquer au « Golden Boy » (32-1), une des plus grandes stars de la boxe.

De La Hoya a connu une première défaite en carrière frustrante neuf mois plus tôt contre Trinidad. Ce dernier parti ferrailler en super-welters, la ceinture WBC est en jeu entre deux des meilleurs boxeurs de la planète toutes catégories confondues. Qui vont offrir un énorme classique avec un combat ultra compétitif et spectaculaire au rythme dingue, à l’issue duquel Mosley s’impose sur décision partagée après avoir mieux terminé que son adversaire.

Floyd Mayweather-Manny Pacquiao (2015)

Il a déçu sur le plan sportif. Il a été monté au moins trois ans trop tard. Mais comment ne pas inclure dans la liste le combat qui reste le plus lucratif de l’histoire de la boxe (et le plus vendu de l’histoire en pay-per-view aux Etats-Unis)? Quand le champion WBC-WBA Floyd Mayweather (47-0) et le champion WBO Manny Pacquiao (57-5-2) se retrouvent dans le ring du MGM Grand de Las Vegas, le 2 mai 2015, le monde a les yeux rivés sur ce choc. Qui a perdu de l’éclat.

Depuis 2009-2010, les années où tout le milieu réclamait déjà de les voir l’un contre l’autre, le Philippin a baissé de pied: aucun KO depuis cinq ans et deux défaites sur l’intervalle, dont un violent KO infligé par Juan Manuel Marquez. Mais avec ces cinq années en plus, qui leur a permis de gagner encore en notoriété, l’événement est encore plus gros et dépasse le cadre des simples fans de boxe. Malheureusement, les (télé)spectateurs n’en auront pas pour leur argent. A l’image du De La Hoya-Trinidad de 1999, le combat conclu par une victoire de Mayweather sur décision unanuime est décevant, avec un Pacquiao vu en bout de course… même s’il redeviendra champion du monde chez les welters en 2016 et 2019.

Conclusion

Le premier champion incontesté à quatre ceintures de l’histoire chez les welters à couronner, entre deux invaincus qui se disputeront pour beaucoup le statut officieux de meilleur boxeur au monde toutes catégories confondues. S’ils sont moins populaires à travers la planète qu’un Oscar De La Hoya, et si l’événement réunira sans doute beaucoup moins de monde devant l’écran que le Mayweather-Pacquiao à cause de ça, l’importance du combat, l’attente autour et la qualité de l’opposition placent déjà Spence-Crawford assez haut dans cette liste non exhaustive (on pourrait par exemple rajouter Manny Pacquiao-Miguel Cotto en novembre 2009). Si la qualité de leur combat va avec les attentes autour, bref s’il ressemble plus à Leonard-Duran, Leonard-Hearns et De La Hoya-Mosley qu’à De La Hoya-Trinidad ou Mayweather-Pacquiao, on pourra donner raison à Spence et ranger son choc contre Crawford comme meilleur combat de welters depuis l’époque de Sugar Ray Leonard. Réponse ce week-end à Las Vegas.

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