Champion des coqs, Aljamain Sterling remet son titre en jeu contre Sean O’Malley ce week-end à Boston dans le combat principal de l’UFC 292 (en direct à partir de 2h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 2). Un choc dans lequel les deux combattants américains joueront gros entre héritage sportif à gonfler et manque de crédibilité à combler.

Il y aura un seul vainqueur, un seul homme le bras levé. Chacun a pourtant des choses à prouver. Champion des coqs (-61 kilos), l’Américain Aljamain Sterling remet sa ceinture en jeu ce week-end à Boston dans le combat principal de l’UFC 292 face à son compatriote Sean O’Malley. Un choc pour la ceinture mais avec bien plus en jeu derrière pour les deux protagonistes. Qui vont jouer gros dans l’octogone du TD Garden. Question de crédibilité de de trace laissée. Le champion, d’abord. Roi la division depuis plus de deux ans, Sterling est parfois victime d’un procès en illégitimité. Pour les mauvaises langues, « Funk Master » (son surnom) n’a pas assez laissé sa marque pour vraiment mériter sa couronne.

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La faute à un règne débutée dans la controverse et poursuivi sans performance dominante. L’élève de Matt Serra – ancien champion des welters de l’UFC – prend la ceinture en mars 2021 en détrônant Petr Yan sur un coup de genou illégal du combattant russe au quatrième round. Sa première défense de titre, contre le même adversaire en avril 2022, le voit encore triompher de Yan mais sur décision partagée. Six mois plus tard, il termine l’ancien roi de la catégorie T.J. Dillashaw sur TKO au deuxième round mais on apprendra que son adversaire s’était disloqué l’épaule plusieurs fois dans son camp de préparation avant de revivre ça dès le début du combat.

Sa dernière sortie en date dans l’octogone, enfin, l’a vu battre l’ancien double champion (mouches et coqs) sur le retour Henry Cejudo mais sur décision partagée. Bref, il manque LA victoire qui ne prête pas à discussion. Comme un tampon pour rendre sa couronne aussi brillante que celle d’autres champions. Eteindre O’Malley (16-1, 28 ans) et sa hype aiderait forcément son cas. Et rappellerait un peu plus qu’on peut aussi voir le verre à moitié plein. Car la question se pose. Sterling (23-2, 34 ans) sera-t-il considéré comme le plus grand coq de l’histoire de l’UFC s’il bat « Sugar »?

L’Américain d’origine jamaïquaine possède déjà plusieurs records dans cette catégorie dans la plus grande organisation de MMA de la planète: quatorze victoires, neuf succès de rang (série en cours) et trois défenses de titre, une marque qu’il détient à égalité avec Dillashaw et Dominick Cruz mais qu’il est le seul à avoir atteinte en un seul règne. S’il bat O’Malley, il sera seul au sommet sur ce plan et égalera au passage Dillashaw au nombre de victoires dans des combats pour le titre dans cette division. Vous avez dit « GOAT » (plus grand de tous les temps) de la catégorie? Les arguments en sa faveur seront en tout cas nombreux.

Il sera ensuite l’heure de monter chez les plumes, une promesse qu’il fait « à 99,9%, et 100% s’(il) gagne ». En cas de victoire, il a même déjà annoncé qu’il prendrait le micro pour défier Alexander Volkanovski, champion à l’étage supérieur, avec l’objectif de prendre la ceinture dans une deuxième catégorie (il espère même pouvoir être double champion avant d’abandonner la couronne des coqs). Une décision basée sur deux raisons: l’envie de laisser la place à son pote et partenaire d’entraînement, le Géorgien Merab Dvalishvili, actuel numéro 1 du classement des challengers de la division mais qu’il n’affrontera jamais vu leur relation, mais aussi celle de moins soumettre son corps à de grosses pertes de poids avec l’âge qui avance.

« C’est l’heure de Merab, sourit-il au micro de l’émission L’heure du MMA. Et j’en ai marre de couper autant de poids. Je pense que je peux mieux me sentir dans la catégorie supérieure. Ma condition physique peut aussi s’améliorer, comme quand j’étais plus jeune. Je coupais moins de poids et je pouvais combattre comme une bête, avec plein d’énergie. J’ai trente-quatre ans, je veux devancer ce truc avant que ce ne soit l’inverse. » Côté O’Malley, la pression sera elle aussi au rendez-vous. Un problème de légitimité, encore, et le besoin de prouver.

Le problème? Entré à l’UFC en 2017 via sa participation aux Dana White’s Contender Series, où le patron de l’organisation cherche à signer de nouveaux talents, le fantasque et populaire combattant américain aux cheveux qui changent de couleur selon l’humeur est vu par beaucoup comme chouchouté par l’UFC, qui l’a mis en avant à chaque occasion possible. Un avis partagé par Sterling, qui a dû bien plus batailler pour être reconnu par ses patrons et qui en profite pour utiliser une blague désormais célèbre: « Je veux lui faire payer son Dana White privilège que je n’ai jamais eu » (jeu de mots sur le privilège blanc).

On pointe aussi une forme de facilité dans son parcours vers une chance pour le titre. O’Malley, qui aimerait venger sa seule défaite en carrière contre Marlon Vera comme première défense de titre après Sterling, a eu besoin de battre un seul membre du top 5, Petr Yan, pour l’obtenir. Sept des huit adversaires qu’il a battus dans l’octogone de l’UFC… ne font plus partie de l’organisation, où ils ont signé un bilan total de 1-10 après l’avoir croisé dans le cafe. Et face à ses trois adversaires les plus dangereux en carrière, son bilan affiche une victoire controversée (Yan sur une décision partagée), une défaite violente (TKO au premier round contre Vera en 2020) et un no contest (doigt dans l’œil qui a empêché Pedro Munhoz de poursuivre le combat en 2022).

Une situation qui amuse le champion. « Regardez son CV, tous ces gars qu’il a battus, ils sont tous encore à l’UFC, ils sont tous sur des séries de victoire et marchent fort. C’est le plus gros test que je n’ai jamais connu. Je ne laisse rien au hasard car Sean est… » Une phrase conclue en explosant de rire pour pointer combien la réalité est tout l’inverse de ses mots. Mais pas question pour Sterling, qui vient de s’associer à une nouvelle marque de rhum jamaïquain nommée « Funk Harbor », de prendre ce choc à la légère. « J’ai appris à ne jamais sous-estimer un adversaire car ils comptent sur ça pour avoir une version de moi qui fait une erreur. Des gens disent que c’est un test que je devrais relever facilement mais je sais que Sean est un bon combattant. C’est probablement le plus dangereux dans le sens où il n’a rien accompli encore mais il a beaucoup de qualités. Je comprends le danger qui va avec ça. Mais je sais aussi que si je l’amène au sol, ce sera une longue soirée pour lui. »

Au-delà des choses à prouver, ce combat donne très envie. Une opposition de styles entre un Sterling ultra efficace en grappling et un O’Malley au style non orthodoxe et qui peut coucher beaucoup de monde en striking avec sa vitesse de bras et son punch. Et chacun possède aussi des arguments dans la spécialité de l’autre. Au point de les avoir vus se lancer un pari : le premier qui tentera de « shooter », c’est-à-dire d’amener l’autre au sol (sous-entendu qui ne pourra plus tenir debout), devra 100 dollars à l’autre! « Ça ne m’étonnerait pas que Sean soit celui qui veuille venir lutter, sourit le champion. Peut-être qu’il sera celui qui paniquera quand je le défoncerai. Et si je le prends en body lock, est-ce que j’aurai vraiment shooté? »

Il y a aussi une rivalité à régler après les nombreux mots doux échangés par micros interposés ces dernières semaines. « Je veux écraser la tête de ce type, a lancé Sterling lors d’une session ouverte de questions-réponses à New York. Ce rat va se faire exploser quand je vais l’amener au sol. Je veux lui faire payer tout ce qu’il a dit. » Le champion aura également une frustration à évacuer après avoir vu ce combat être annoncé une grosse semaine après sa victoire sur Cejudo début mai – à l’issue de laquelle O’Malley était monté dans la cage pour un face-à-face tendu – et se dérouler à peine trois mois plus tard, une stratégie assumée par le challenger et son clan. « Ce n’était pas forcé mais ça a été décidé avant que je puisse discuter de ma santé après le combat. Mais quand j’ai parlé aux décideurs de l’UFC, ça a fait sens pour moi. C’est une belle opportunité, mon deuxième événement principalj’affronte un nom avec beaucoup de followers. »

Une popularité qu’il ne comprend pas » mais que celui qui est parfois vu comme un vilain petit canard par les fans compte bien « piquer » en battant son rival, qui peut basculer dans la catégorie superstar s’il prend la ceinture. « C’est du gagnant-gagnant pour l’UFC. Khabib ne devient pas la star qu’il est sans Conor McGregor. C’est pareil pour moi. J’ai le bon partenaire de danse et c’est une opportunité pour moi de catapulter encore plus ma popularité. Et s’il me bat, il valide tout ce qu’il a fait jusqu’à présent dans sa carrière. C’est sa chance de sortir du lot. Ça changera tout pour celui qui gagne. » Et Sterling, qui promet du spectacle et un finish avant la limite, de conclure: « Il veut me prendre ce pour quoi j’ai travaillé si dur. Je veux prouver que les raccourcis ne paient pas toujours et que c’est l’éthique de travail qui te mène au sommet. »

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