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Il est entré au Panthéon dans un costume gris clair, rehaussé d’un noeud papillon parfaitement ajusté. Dans l’antique Symphony Hall de Springfield, Tony Parker a donné samedi soir son premier discours de Hall of Famer. Et il l’a fait plutôt bien, teintant les souvenirs de sourires, emplissant les mots d’une délicate émotion, dans un juste équilibre qui a fini, forcément, par lui tirer les larmes lorsqu’il lui a fallu remercier son père, Tony Senior, sa maman, Pamela, et ses frères, Pierre et TJ, eux-mêmes, vite submergés.

L’exercice n’était pas simple. Premier à se présenter au pupitre, Parker avait la délicate mission de lancer la grand-messe, de poser le ton juste, entre solennité et légèreté, pour caler confortablement l’assistance dans le moelleux des sièges en velours rouge. Quelques minutes plus tôt, en arrivant au pied de l’imposant escalier du monument, avant de gravir les dernières marches vers le Temple, TP avait parcouru lentement les quelque 200 mètres de tapis rouge, suivi, entouré, couvé par sa « grande mafia française »comme il dit, amis, familles, venus communier, célébrer, fêter le premier Français au Hall of Fame, tous sports américains confondus et emmener au plus haut le petit Frenchy arrivé en NBA en 2001, à 19 ans.

« Tu as toujours été un deuxième père pour moi.

Tony Parker à Gregg Popovich

Avant d’entrer dans le Hall Symphony, tandis que depuis plus d’une heure, les légendes se succédaient à l’entrée au pas lent, Pat Riley, Allen Iverson, Ray Allen, Chris Bosh, Gary Payton, Jason Kidd, David Robinson… dans une procession majestueuse, Parker s’est arrêté un instant. L’émotion, déjà, l’avait happé. « Ça monte bien, je vais essayer de ne pas pleurer. Le speech, je le tiens, mais quand tu es là-bas, ce n’est pas pareil », glissait-il, avant de s’engouffrer dans le Hall de l’histoire.

Quand Tim Duncan et Manu Ginobili, ses « introducteurs » dans le Temple de la Renommée, se sont installés sagement à sa droite, le quadruple champion NBA et MVP des Finals 2007, a d’emblée planté le décor, sans peur. Sur le pupitre, vierge encore de la moindre histoire de la classe 2023, il a posé toute la puissance de cette incroyable promotion et ses 15 titres NBA cumulés entre Gregg Popovich, Pau Gasol, Dirk Nowitzki, Dwyane Wade et TP ! « Quelle promotion incroyable. J’ai tant de connexions avec cette classe, Pau Gasol, coéquipier aux Spurs et grand rival avec l’Espagne, Dirk Nowitzki, l’ami et l’adversaire dans des chauds derbys texans, D Wade, le joueur favori de mon petit frère, Becky Hammon, ma grande soeur et coach Pop évidemment »auquel TP dira plus tard : « Tu as toujours été un deuxième père pour moi. »

Les mots étaient soudain lestés de larmes


À l’aise, TP a varié les plaisirs. Il a conté les jolies histoires, tout en mesurant l’immensité dans laquelle il mettait ce samedi soir les pieds. Il a présenté ses « témoins », Tim Duncan et Manu Ginobili. Il a rappelé que le premier ne lui avait pas parlé de toute la première saison régulière, mais il ne lui en voulait plus, qualifiant l’intérieur iconique des Spurs de « meilleur ailier-fort de l’histoire »le chambrant aussi au sujet de ses superpouvoirs oculaires, « il ne demandait jamais la balle, il me regardait seulement. Et quand tu as 19 ans, que tu arrives de France, ça fait très peur quand Tim Duncan te regarde ! » Quant à Ginobili, TP confiait : « Il est le joueur le plus unique avec lequel j’ai joué. Il était tellement unique que Pop ne savait pas quoi faire avec lui sur les deux premières années. »

L’histoire était belle et le public de Springfield se régalait à écouter le Frenchy. Dans son lit d’enfant, à Fécamp, les rêves de TP dépassaient allégrement les plis de la couette. Et là, sur la scène, il était en haut et il s’y plaisait. Mais quand est venu le temps de la famille, les mots étaient alors soudain plus lourds. Carrément lestés de larmes quand il planta son regard dans celui de son père,  » Je t’aime « . À sa mère ensuite, puis à ses frères, à ses fils, Josh et Liam, à sa compagne, Alizé Lim, il déclamait le même amour et la salle faisait silence.

De Thierry Henry, le « grand frère » venu à son secours après sa blessure au quadriceps en 2017, aux potes éternels, Boris Diaw et Ronny Turiaf, en passant par Michael Jordan, son idole et « son patron » à Charlotte, la dernière scène de ses dix-huit ans de carrière, Tony n’a oublié personne dans la liste des remerciements. Et sûr qu’il n’oubliera surtout pas cette nuit où il a rejoint, pour l’éternité, les légendes de son sport.

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